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Art et repères visuels

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Lorsque la sociologue Lara Docquier nous dit, à travers les mots de Pierre Bourdieu, que l’art contemporain est plus difficilement compréhensible que les autres formes d’art, et qu’il l’est d’autant plus pour certaines couches de la population, encore là, force est d’admettre que les parcours visuels, en fonction du lieu où ces derniers s’inscrivent, forment aussi des parcours sociaux pour certaines classes sociales et déterminent d’autant des attitudes et des comportements. Autrement, si on se réfère à la définition du territoire visuel, essentiellement composé de repères visuels socialement identifiables et décodables par ceux qui habitent ledit territoire, repères qui eux-mêmes tracent des parcours visuels, qui tracent également des parcours d’appartenance à une classe sociale ou à une sous-culture, le musée d’art contemporain est inévitablement un territoire visuel.

D’autre part, le sociologue Louis Lemonon nous amène sur une tout autre piste, celle des dessins de Franz Kafka. Même si, de prime abord, il serait difficile de penser que la notion de repère visuel puisse s’appliquer aux dessins de Kafka, force est de constater que Lemonon arrive à dégager de nouvelles pistes d’analyse encore toutes fraîches, d’où l’idée de les présenter au lecteur.  Mais ce qui doit particulièrement retenir l’attention du lecteur, c’est que si on considère les gribouillis de Kafka comme « donnée » et non plus comme « médium », ceux-ci deviennent un instrument de collecte de l’information. De là, la compréhension des gribouillis de Kafka en tant que méthode devient ainsi plus évidente, car elle répond en partie aux attentes de la sociologie visuelle, c’est-à-dire qu’elle permet d’identifier des repères visuels, qui s’inscrivent eux-mêmes dans des parcours visuels, qui s’inscrivent par la suite dans un territoire visuel.