Autonomie technologique

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L’autonomie technologique renvoie à cette idée que la technologie est indépendante à l’égard de l’économie, de la politique, de la morale et des valeurs spirituelles. Elle est une réalité en soi qui se suffit à elle-même, autonome à l’égard de l’homme qu’elle oblige à s’aligner sur elle, modifie radicalement les objets auxquels elle s’applique sans être pour sa part modifiée par eux.

Les technologies numériques éliminent systématiquement tout ce qui ne peut être assimilé sous leur férule. Rien ne leur échappe. Il n’y a qu’à observer comment le monde du transport de personnes s’est transformé après la première salve lancée par Uber et sa refonte du monde du taxi ; comment celui de l’hébergement de touristes passe outre les hôteliers avec des services comme Airbnb ; comment les services bancaires et financiers se sont métamorphosés et connaîtront des transformations encore plus profondes avec la technologie du BlockChain[1][2] — même le gouvernement britannique considère que cette technologie est susceptible de provoquer des changements sociaux d’ordre structurel[3] — ; comment des entreprises comme Google et Facebook utilisent le travail et les informations de milliards d’utilisateurs sans les rémunérer et d’en tirer des profits colossaux.

Il n’y aucun doute, les technologies numériques assimilent tout, même les impôts, les taxes et les salaires qui devraient être payés dans les pays où ces mêmes technologies sont présentes. En fait, les technologies numériques utilisées par des entreprises comme Uber et Airbnb ont non seulement délocalisé l’obligation de payer taxes et impôts dans un pays donné, mais elles l’ont aussi dématérialisée et peut-être même éliminée, obligeant par le fait même les États à réagir et à revoir leurs positions en la matière.

Tout ceci n’est pas innocent, car la technique, et en particulier les technologies numériques, dans tous les domaines, font « au premier chef un immense inventaire de tout ce qui est encore utilisable, de ce qui peut être accordé avec la machine[4]. »

Donc, si « la technique intègre la machine à la société, [elle] la rend sociale et sociable[5] », et c’est bien ce que font les technologies numériques, elles mettent de l’ordre là où il semblait y avoir du chaos — l’optimisation du travail et des tâches par des logiciels sophistiqués étant un bon exemple. L’ordinateur et ses logiciels clarifient, rangent et rationalisent. Ils font « dans les domaines abstraits ce que la machine a fait dans le domaine du travail[6]. »

En ce sens, l’ordinateur est efficace et porte partout la loi de l’efficacité. D’une certaine façon, l’ordinateur a sanctionné l’inefficacité sociale : « en cela, la situation de la technique est radicalement différente de celle de la machine. Cette transformation que nous pouvons contempler aujourd’hui est le résultat de ce fait que la technique est devenue autonome[7]. »

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© Pierre Fraser, sociologue / 2018
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[1] Technologie transparente et sécurisée de stockage et de transmission d’informations fonctionnant sans organe central de contrôle.

[2] Robson, D. (2016), « Rethinking Global Finance », Wired UK, p. 56-57, September.

[3] UK Government Chief Scientific Adviser (2016), Distributed Ledger Technology: beyond block chain, UK Government Office for Science, URL : http://bit.ly/2d9PdxY.

[4] Ellul, J. ([1958] 1990),  La Technique ou l’Enjeu du siècle, 3e éd., Paris : Armand Colin, p. 3.

[5] Idem.

[6] Idem.

[7] Idem., p. 4.

 

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