L’ère post-texte

L’équipe éditoriale de Photo|Société a définitivement la conviction que nous sommes entrés dans une ère post-texte. Et il faut bien comprendre que nous ne sommes pas entrés dans une ère où le texte est ou sera éliminé, loin de là, mais bien que le texte, de plus en plus, est et sera subsumé à l’image, qu’elle soit fixe ou animée.

En fait, les technologies progressent à un tel rythme, que le papier et l’encre électroniques seront éventuellement des réalités concrètes et quasi omniprésentes. Dans un tel contexte, comme vous pouvez le constater avec ce que vous lisez présentement, il est déjà possible de visionner des vidéos à l’intérieur même de ce magazine. Et ce n’est là qu’un pâle reflet de ce qui nous attend.

Cependant, comme nous l’avons exprimé précédemment, le texte ne disparaîtra pas, mais sera intégré différemment dans nos systèmes de diffusion de l’information. En ce sens, le magazine Photo|Société, dont la mission est de rendre compte des réalités sociales à travers l’image, qu’elle soit fixe ou animée, est déjà un début pour rendre accessible la recherche socio-logique au plus grand nombre possible de gens.

Pourquoi cette conviction nous habite-t-elle ? Tout d’abord, si le cinéaste et réalisateur Steven Soderbergh est en mesure de tourner un film de calibre hollywoodien avec un iPhone 7, il faut bien prendre la mesure de là où en sont rendues les technologies numériques. D’autre part, plusieurs de nos collègues, qui sont pourtant habitués à lire de longs ouvrages scientifiques, constatent qu’ils n’ont plus le même niveau d’attention aux mots1, désormais habitués qu’ils sont à utiliser les navigateurs Internet.

Quand on y regarde le moindrement de près, il faut se rendre à une autre évidence : il est possible, avec une photo ou une vidéo appuyée par un texte efficace et qui va droit à l’essentiel, de rendre compte de réalités sociales complexes et pas du tout simple à saisir de prime abord. Par exemple, si je vous dis, avec chiffres à l’appui, que dans la seule grande région urbaine de Québec, l’organisme Moisson Québec dessert plus de 2,5 millions de repas par année à des gens défavorisés ou travaillant au salaire minimum, et que la clientèle de ces mêmes banques alimentaires augmente d’environ 6% depuis plus de 5 ans, cette statistique demeurera pour vous qu’une simple statistique. Par contre, si je vous montre ce qui se passe dans une banque alimentaire le jeudi venu, et si le responsable de cette banque alimentaire vous explique la logistique pour se procurer des denrées et les distribuer, vous aurez alors une tout autre perspective sur le phénomène.

Autrement, comme le soulignait le journaliste Fahrad Manjoo dans un article publié dans le New York Times2, les entreprises de la Silicon Valley n’ont pas seulement rendu plus facile la production de contenus multimédias, elles ont surtout et avant tout démocratisé la production de formats non textuels qui n’étaient, jusqu’ici, qu’accessibles aux grands studios hollywoodiens. Finalement, la symbiose de l’image et du texte aura définitivement lieu, et nous avons bien l’intention d’y participer, ne serait-ce que très modestement.

2 commentaires

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.