Les réfugiés de la consommation

Qui sont ces réfugiés de la consommation ?

C’est nous tous, engoncés que nous sommes dans la consommation. Et les photographies de Matt van der Velde représentent peut-être la décrépitude non seulement des bâtiments, mais aussi de notre propre état mental actuel.

Au milieu des années 1980, les coachs de vie débarquent, colonisent les librairies, prônent le succès — cette finalité de la volonté de puissance — et entonnent la litanie des gens heureux : Soyez compétents ! Prenez-vous en main ! Faites votre propre bonheur ! Soyez l’entrepreneur de votre propre vie ! Soyez autonome ! Et ils font recette. Et de façon incroyable. Ils engrangent des millions de dollars en faisant croire qu’il faut être compétent et performant. Et le citoyen y croit. Il y croit tellement, qu’il les écoute, qu’il boit leurs paroles, qu’il achète leurs livres, qu’il assiste à leurs séminaires à prix fort, qu’il a l’air radieux. Avoir l’air radieux, c’est « la grande façon d’approbation que l’on donne à la grande comédie de l’existence — mais c’est en même temps une comédie dans la comédie qui doit entraîner les autres spectateurs1 », car ne suit pas les conseils d’un coach de vie si ce n’est pour se montrer en spectacle et dire, « Regardez, je suis en train de réussir ! ».

Il se pourrait bien que ce grand bonheur de la réussite, aujourd’hui, ressemble à cet escalier délabré du bâtiment central de tous ces institutions psychiatriques aujourd’hui abandonnées où le vernis et la peinture s’écaillent sans que nous nous en rendions vraiment compte. S’il y a une chose que le travail photographique de Matt van der Velde a réussi à mettre en évidence, c’est bien ce processus de décrépitude mental dont nous ne rendons plus compte à force de piocher dans notre vie privée afin de la rendre visible à tous pour le grand plaisir de tous sur les médias sociaux tout en étant consciemment et volontairement attachés aux milliers de fils invisibles de la communication.

Les réfugiés de la consommation

Au final, le citoyen-consommateur que nous sommes est à la fois sa propre victime et son propre agresseur. Victime, dans le sens où il fait les frais de la mondialisation — délocalisation, pertes d’emploi, perte d’estime de soi. Agresseur, dans le sens où il participe activement à la mondialisation en tant que consommateur.

© Photos : Matt van der Velde
© Pierre Fraser (Ph. D.), 2017 / texte

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